Un an après ma séparation, ayant vécu une chasteté à redevenir vierge, un ami me lança "Dis donc, il serait peut-être temps que tu te remettes dans le circuit non ? Et que t'arrêtes de faire ta dépressive ou tu comptes finir ermite ?"
Ahem...
J'ai toujours des amis très directs et au langage fleuri. Mais il avait raison.
Je me mis donc en recherche d'un amoureux, ou du moins de quelqu'un qui pourrait me rallumer. Après divers témoignages de sites de rencontres, je pris le premier que j'avais sous les yeux à longueur de trajet en métro : Meetic.
Ca donne ça :
Ah Ah Ah
Ah mais on y croit au début, on rédige une annonce sérieuse, on met des jolies photos et on espère.
Et puis on désespère. Au bout d'un an, je vous assure que oui.
Ame soeur ? On ne doit pas avoir la même définition. Les postulants masculins sont constitués à 50 % d'hommes mariés à la recherche d'une aventure surtout pas prise de tête. L'autre moitié cherche aussi des aventures encore moins prise de tête. Enfin l'idée c'est les 3 B : boire, baiser, byebye. Facile et pas cher. Un peu comme un club libertin géant mondial rempli de morts de faim. Surtout que comme d'habitude, les femmes sont en minorité, et ont donc droit à une déferlante de messages dans l'heure suivant leur inscription.
Jusqu'à écoeurement du "Kikoo. Lol. ASV ?"
C'est que les gens là-dedans ne savent pas s'exprimer que par un balbutiement d'enfant attardé. Une plongée en Idiocratie. Le néant de la séduction, le ground zero de l'érotisme. De quoi vous faire désespérer sur l'avenir de l'être humain.
Côté femmes, ça n'est pas plus reluisant, ayant, par curiosité, créé un profil masculin pour évaluer la "concurrence". Même chose. Il y en a moins uniquement parce qu'elles sont moins nombreuses. Et je ne compte pas le nombre de messages de femmes de pays étrangers qui cherchent à échapper à leur misère et s'assurer un revenu régulier en se mariant avec un occidental. Une sorte de prostitution tolérée. C'est triste. Mais j'ai la faiblesse de les comprendre.
Mais tout de même, au bout d'un moment, on arrive à faire un tri et à ressortir quelques profils plus ou moins intéressants. Et là viens le moment des rendez-vous.
Après moultes discussions, on se prépare avec impatience et grand espoir à ce fameux premier rendez-vous. Et là aussi on est déçu. Un rendez-vous Meetic, c'est un peu comme un casting voyez-vous ? Vous êtes évalué comme une bête, à voir si le rendement prix inscription/résultat est correct. Surtout que certains vous avouent sans honte faire plusieurs rendez-vous en même temps pour "prendre la meilleure". Bin voyons. Et bien souvent vient la question des enfants. Oui, oui, dès le premier rendez-vous. Vous vous retrouvez, non pas comme une amoureuse potentielle, mais comme un utérus sur pattes. On vous demande même si vous désirez continuer à travailler après la naissance du premier. Si, si.
Alors oui les enfants c'est important. Au premier rendez-vous je ne crois pas. Même au deuxième d'ailleurs. Qu'on me parle d'amour et d'hirondelles, nom de Dieu !
Après le rendez-vous, en général, vous avez droit à un petit mail qui rend compte de votre évaluation. Là on a droit à tout : trop vieille, trop jeune, trop grosse, trop mince, trop petite, trop grande, trop intello, pas assez ceci, trop de cela. Et le must : "Je crois que je vais tomber amoureux de toi donc je préfère m'enfuir." Ok...
Et mon âme soeur alors ?
Dieu dans sa grande bonté vous répond : "Ah ! Ah ! Ah ! Ca n'existe pas. C'est une blague que j'ai inventé pour vous occuper et vous faire procréer."
Quel mufle ce Dieu quand même.
Je crois que c'est là que s'est fait le déclic. Là que je me suis dit qu'on courrait tous comme des fous après un idéal social bien établi : le couple, la famille, le prêt immobilier et la voiture diesel. Alors que, dans le fond, ce schéma ne me convenait pas. C'est pour ça que j'étais déçue à chaque fois. Que j'avais envie de m'épanouir et de profiter de la vie pour vivre toutes sortes de folies. De me rouler dans le plaisir pour effacer mes années chagrin. J'avais envie d'être libre à ma façon et tant pis pour la belle image d'Epinal pas faite à ma mesure.
J'ai donc pris les choses sur un autre pied. Et j'ai rencontré des hommes plus ou moins sympathiques, en tout cas amusants pour quelques heures de simple plaisir, sans espoir de quoi que ce soit à la clef.
C'est comme ça que j'ai rencontré :
Un champion du monde d'échecs. Il avait joué Kasparov et était une star déchu de ce milieu. Joueur invétéré de poker. Assez beau gosse, pas très très intellectuel (son livre de chevet était : "Comment faire l'amour à une femme". Véridique. Il a essayé quelques passages avec moi. Je vous déconseille ce livre.). Mais assez chaud et sexuellement très ardent. Il aura eu le mérite de me décoincer et de me faire beaucoup de bien. Et puis j'ai appris à jouer au poker à poil. Et ça c'est très rigolo. Ca a duré un temps. Il a commencé à s'attacher. Je suis partie. Il est venu me déclamer son amour en bas de chez moi, je lui ai passé le goût de me revoir. Non mais dis donc.
Un informaticien neurasténique, fan de punk. Bizarre. Univers étrange. Mais mignon et tendre. C'est lui qui a fui parce qu'il tombait amoureux de moi. Ca m'arrangeait bien.
Un ex-baroudeur en santiagues, fan de Schmoll. Là je n'en suis pas fière. Mais c'était un vrai épicurien, adorable. Il avait été je ne sais dans quelle partie du monde où il avait récolté une balle dans le ventre. Depuis il n'avait plus qu'une moitié d'estomac et ça faisait des bruits bizarre. De beaux cheveux longs, un côté italien. Une belle nuit. Mais bon Schmoll et les santiagues bleues turquoise, bof bof. Lui aurait bien aimé une vraie histoire d'amour. Moi non. Il m'écrit toujours avec gentillesse.
Un dessinateur de BD. Marié. N'aimant pas sa femme, mais ne pouvant la quitter pour raisons financières. Comme quoi la prostitution masculine dans le mariage existe aussi. Je l'ai rejoint lors d'un festival de BD où il occupait un stand. Nuit à l'hôtel un peu mécanique, peu d'élégance. Mais il a eu la bonne idée de me redonner goût à la sodomie. Il me disait des choses salaces à l'oreille. C'est juste après que je me suis inscrite sur un forum de SadoMasochisme. Entre mes réflexions personnelles et lui, ce fut un autre déclic. Il fit un joli dessin de moi, et je partis. Je ne le trouvais pas très beau, et surtout un côté pépère.
Un anthropologue mégalomane. Très beau, avec des origines brésiliennes. Mais très imbu de sa personne, pédant et surtout mufle. En fait il pouvait être très agréable et très intéressant. Mais comme physiquement, je ne lui plaisais pas et qu'il ne se gênait pour me le dire avec une formulation très désagréable, j'ai fini par partir, en me vengeant un tout p'tit peu. Juste un p'tit peu...
François. J'avais trouvé mon Dom sur le forum SM et comptait me désinscrire de Meetic. Et puis il a attiré mon attention. Sur MSN, en voulant m'envoyer une photo, il se trompe et m'envoie une photo de sa paire de fesses. Forcément, ça m'a tout de suite plu. Et puis on avait les mêmes délires, le même goût pour la culture japonaise, les mêmes envies. J'étais bien avec lui. Lui aussi. Il n'est pas tombé amoureux. Moi un p'tit peu. Et puis le temps a fait qu'on s'est bien amusés. Il avait un goût immodéré pour l'anus des filles. Nos parties de jambes en l'air ne se constituaient d'ailleurs que de ça, avec un grand plaisir et plusieurs orgasmes. Duo de sodomites. Il m'a offert mon premier gode en guise de bouquet de fleurs. Ce qui nous permit de tester la double pénétration. Grand moment très, très...euh..très, très. Mais vraiment très, très.
Ca a duré un an. J'évoluais entre deux relations. Mon Dom, le SM, el diablo dans la bergerie. François, la vanille, le gentil berger sodomite. En plus il aimait lui aussi que je lui glisse un petit doigt dans son anus au moment de l'extase. Il me fit découvrir comment donner du plaisir à un homme par cet orifice. C'est magnifique à voir et à toucher le plaisir de l'homme.
Tous deux n'ont jamais su l'existence de l'autre. Je savais manier l'emploi du temps et les fausses excuses à merveille. Je n'aimais ni l'un ni l'autre. Je les aimais tous les deux en un seul homme, dans un équilibre. Et je me sentais épanouie, bien dans ma vie.

Et puis les deux relations se sont finies à la fin de cet été. Mon Dom a disparu comme il était venu, plus de nouvelles, plus d'envie peut-être... Avec François, c'est moi qui ai cessé l'aventure. On était au bout. Et il m'avait confié être tombé amoureux d'une très jolie japonaise. Dans une soirée d'adieu, j'avais essayé de l'initier au Libertinage en l'emmenant au Moon City. Je lui fis l'amour longuement, en l'enrobant de toute ma bienveillance, étant la plus habituée des lieux. Mais il n'avait pas trouvé son compte. Non par quelques blocages d'éducation ou religieux, il était au contraire très ouvert et très content, mais juste parce qu'il n'aimait pas la concurrence entre hommes qu'on pouvait ressentir là-bas. Il avait raison, être un homme dans le libertinage n'est pas facile non plus. Et puis surtout, il pensait trouver des gens plus à son goût. Mais il en a gardé un très bon souvenir.
Et surtout, il est resté mon ami, un confident. Si je ne devais en garder qu'un seul de mes aventures Meeticiennes, ce serait lui. Je suis ravie de l'avoir rencontré.
Voilà, c'est ça Meetic. Et ça coûte cher à la fin de l'année. Pour peu de services, et surtout très peu de sélection et de modération. Alors je me suis désinscrite.
Si vous voulez plus d'informations, voici 2 blogs, très lus et très prisés dans la blogosphère :
Où on se rend compte que l'on peut très vite devenir accroc aux rencontres internet et à Meetic, à chercher dans le virtuel l'hypothétique âme soeur qui vous sauvera de la barbarie de ce monde, sans relever son nez sur la réalité et à se rendre compte que la quête est vaine, et le bonheur plus simple que ça.
Et le nouveau site de rencontres à la mode :
Encore plus glauque et consumériste que le premier.
J'avais écrit ce billet depuis quelques temps. J'ai hésité à le finir et à le publier, me trouvant plutôt critique et intransigeante (encore ! ) dans la liste de mes amants. Mais après tout, pour peu qu'on le lise avec un peu d'humour, il est assez joyeux et optimiste. Et je les ai tous aimés...à ma façon et n'ai jamais regretté de les avoir rencontré.
Bien à vous.